Naissance d’un « eurocampus » de 500 000 étudiants

Article paru dans l’édition du 27.06.09 Le Monde.fr

Quatre régions françaises et espagnoles ont décidé de mettre en réseau leurs universités

Un gros bébé et quatre papas. Le 18 juin, les présidents de l’« eurorégion Pyrénées- Méditerranée » se sont retrouvés à Palma de Majorque, aux Baléares, pour annoncer la naissance d’un « eurocampus » comptant un demi-million d’étudiants. Il permettra à Midi-Pyrénées, au Languedoc-Roussillon, à la Catalogne et aux îles Baléares de revendiquer « le premier campus européen et le septième au niveau mondial ».

L’idée vient de Martin Malvy, président (PS) du conseil régional de Midi-Pyrénées, mais c’est Georges Frêche, nouveau titulaire de la présidence tournante de l’eurorégion, qui portera le nouveau-né sur les fonts baptismaux. Lors de la cérémonie officielle, le président du conseil régional du Languedoc-Roussillon s’est lancé dans un « discours d’histoire » au terme duquel il a fait trembler les murs de la magnifique cour du château des anciens rois de Majorque : « Au Moyen Age, c’était nous le moteur de l’intelligence européenne. Il faut que nous retrouvions la splendeur de notre passé ! »

Dix jours après des élections européennes marquées par l’abstention, les quatre présidents ont défendu une Europe concrète, utile et proche des gens. « La construction de l’Union européenne au niveau des Etats est dépassée par celle qui se fait au niveau des citoyens, estime Angel Cortadelles, directeur général des relations internationales du gouvernement catalan. Les régions sont plus agiles pour apporter des réponses économiques, et c’est un niveau de décision plus proche des gens. »

TOUT RESTE À FAIRE

Symbole européen novateur, l’eurocampus est d’abord un outil. « C’est une idée parfaite en cette période de crise, poursuit M. Cortadelles. La crise impose de bâtir une nouvelle économie de la connaissance. Avec l’eurocampus, nous aurons une masse critique de matière grise plus grande, et donc de meilleurs résult ats. » Car l’idée est bien de provoquer un bouillonnement intellectuel : stimuler la recherche, produire des connaissances, les transmettre aux étudiants et en faire profiter les entreprises.

Le potentiel est là : 510 000 étudiants, 45 000 chercheurs, 22 universités, 23 autres établissements du supérieur, des coopérations bilatérales… L’eurocampus devra lui permettre de s’exprimer. « Chacune de nos universités est leader sur tel ou tel secteur, a précisé M. Frêche . Quand l’une d’elles ira négocier à Boston ou à Shanghaï, elle parlera au nom de la grande puissance que nous sommes. »

Certes, tout reste à faire. Lors de la conférence de presse, les présidents se sont bien gardés d’avancer un budget. Mais « ce n’est pas du virtuel, c’est du concret », s’est défendu M. Malvy. Les régions s’engagent à aider les étudiants à bouger (par les bourses ou des moyens de transport moins chers) et à multiplier les diplômes communs. Les enseignants et les chercheurs seront incités à travailler dans plusieurs régions. Les liens avec les entreprises seront favorisés. L’idée est aussi de créer « un véritable eurocampus virtuel ». « Nous espérons que ce sera un élément d’attractivité pour les universités et les étudiants étrangers », confie Daniel Weissberg, directeur des relations internationales de l’université Toulouse-II – Le Mirail. L’eurorégion s’est dotée d’un groupement européen de coopération territoriale (GECT), structure juridique qui permet que « toutes les régions fonctionnent comme une seule, parlent d’une même voix au niveau européen et demandent ensemble des moyens à Bruxelles », souligne Francesc Antich, président du gouvernement des îles Baléares.

Seul nuage dans le ciel bleu de Majorque : le cinquième membre de la famille Pyrénées-Méditerranée avait boudé la fête. L’Aragon dispute à son voisin catalan la propriété d’oeuvres d’art sacré et, pour le moment, pratique par rétorsion la politique de la chaise vide.

Les présidents ne se sont pas appesantis sur cette vieille histoire de famille, les Français offrant cependant leur aide pour rabibocher les voisins espagnols. Certains espèrent aussi que l’eurocampus améliorera les relations pas toujours faciles entre les universités de Toulouse, Montpellier et Perpignan.

Benoît Floc’h

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